Le compromis sans compromis

Le compromis a mauvaise réputation. Il est soupçonné d'abandon d'éthique, de renoncement à la morale. Dans sa communication, il y a même actuellement une marque qui vise à convaincre et rassurer ses clients sur la base que ses produits sont « sans compromis ». Sans compromis avec quoi ? Sans compromis avec ce qui serait la prise en compte des intérêts de la marque pour être au seul profit de l'intérêt du consommateur ? Mais c'est bien sûr et d'ailleurs comme chacun sait, la marmotte, elle met le petit chocolat dans le papier d'alu.

En réalité, ainsi affiché, le compromis est confondu avec la compromission, arrangement conclu dans l'abandon des valeurs, par lâcheté ou intérêt.

Le compromis, le vrai, est le point d'équilibre permettant à des parties ayant des intérêts différents voire contraires, de considérer que le renoncement de chacun à l'obtention de son maximum espéré est suffisamment symétrique pour accepter de conclure autour d'un optimum pour les deux. Pour une maison, entre un acheteur et un vendeur, on appelle d'ailleurs cela un compromis de vente.

C'est ce qu'on doit retrouver dans le dialogue social, mais avec une difficulté supplémentaire : Si un acheteur et un vendeur peuvent se quitter sans avoir conclu et ne plus se revoir, gouvernements et représentants du corps social, ou employeurs et salariés doivent continuer la route ensemble, rencontrer de nouveaux sujets de tension, de désaccords, conduire de nouvelles négociations, trouver de nouveaux compromis.

Mais au niveau de l'Etat et des partenaires sociaux, comme encore dans beaucoup de nos entreprises entre employeurs et représentants du personnel, notre culture du dialogue et de la négociation est bâtie sur la culture de la lutte et du rapport de force entre celui qui considère être dans son bon droit contre celui qui le lui conteste à tort (l'autre, toujours).

S'en suivent donc les alternances de victoires et de défaites qui entretiennent les rancœurs, confirment les méfiances, renforcent les préjugés, justifient les postures, conduisant celui qui gagne sur l'autre à perdre en réalité avec celui qui redeviendra inévitablement son vainqueur d'un autre tour.

La vraie négociation sociale, en tant qu'outil de la recherche du compromis et non théâtre de rapports de force, nécessite donc d'abord la posture partagée que le dialogue social doit viser à gagner la paix et non à gagner la guerre. Il paraît qu'il y a beaucoup de domaines au travers desquels notre beau pays a éclairé le monde, mais clairement pas celui-là.

Yves Pinaud