La crise des migrants
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Fini le travail sédentaire, source des « migrations pendulaires » (ou commuting, pour les anglo-saxons, pour exprimer ce que la sécurité sociale appelait jusqu’alors bêtement les trajets domicile/travail). Le travail hybride (alternance télétravail et bureau) vise à limiter ces déplacements là et les nouveaux aménagements de locaux visent à les remplacer par une plus grande mobilité à l’intérieur de l’espace de travail. 

La recherche de la qualité de vie au travail des salariés est-elle toujours parfaitement anticipée et intégrée dans les projets correspondants ? Autant que les recherches d’optimisation immobilière ? Rien n’est moins sûr au suivi et au constat des projets dont il nous a été donné d’en observer la conception et plus encore la mise en œuvre.

Beaucoup de salariés, indépendamment de leur appétence ou de rejet pour le changement, ont moins le sentiment d’être associés à ces projets qu’à être pris, à cette occasion, pour de drôle d’oiseaux. Migrateurs, ça va de soi.

Ainsi et au regard des évolutions qui se bousculent, nous avons pressenti qu’un certain nombre d’entre vous pouvait être perdu entre les différents nouveaux concepts qui sévissent dans ces domaines. Avec notre dévouement coutumier, nous avons donc préparé un petit glossaire vous permettant de vous y retrouver, à la fois sur quelques concepts et sur la traduction des nouveaux éléments de langage au travail qui s’y rapportent.

 

Quelques concepts

« La fin du travail pendulaire » : Il exprime seulement la fin du temps perdu dans les transports et non celle de la fixation du regard sur les aiguilles d’une montre, qui peut aussi bien continuer à se faire de la maison. 

« Le full remote » : Consiste à ne plus jamais venir au travail, vu qu’il n’y a plus de bureau.

En parvenant à la suppression pure et simple des locaux de travail, il permettrait au salarié, nous promet-on, en n’étant nulle part, d’être finalement partout. Comme Jésus, en fait. Mais non ? Mais si.

« Travailleurs essentiels » : Ceux qui ne peuvent pas travailler sur ordinateur. Amis du monde tertiaire, si vous vous questionniez sur votre valeur ajoutée au travail, vous voilà fixés.

« Travail hybride » : Nouvelle étape de l’harmonisation entre vie personnelle et vie professionnelle. En permettant d’avancer son travail de la maison, il libère du temps pour commander ses courses sur internet du bureau.

« Le flex office » : Afin d’éviter une accélération incontrôlée de la productivité, consiste à ne plus avoir de bureaux attitrés, pour que le temps économisé dans les transports sur les jours de télétravail soit compensé par le temps à chercher un endroit où s’asseoir les jours passés au bureau.

« Le desk sharing » : C’est comme le flex office, mais en anglais. Ah ben non, vous avez raison, flex office c’était déjà en anglais. Alors, ce doit être la même chose.

« Le travail nomade » :  Hors espaces prédéfinis, il permet au salarié qui a récupéré ses affaires dans son casier de rejoindre l’espace correspondant le mieux « à son humeur du jour ». Pour moi, ce sera piscine ce matin et spa cet après-midi. Demain, j’peux pas, j’ai tennis.

 

Savoir traduire les nouveaux éléments de langage au travail 

« Nous ne sommes pas favorable au prolongement de votre situation de télétravail » signifie : « Au vu de votre production de ces derniers mois, on soupçonne que vous passiez plus de temps devant la télé que devant le travail »

« Etes-vous sûr, cher ami, d’avoir réservé cet emplacement sur le planning électronique du desk sharing ? » signifie : « Bouge de là avant que je commette un meurtre, ça fait trois heures que je tourne »

« Vous concernant, la mise en place du travail hybride n’est pas à ce jour totalement convaincante » signifie :« En 20 ans, on s’était habitué à ton mode diesel, mais en hybride, tu arrives encore à nous surprendre ».

Bon, vous l’avez compris, tout ça, c’était pour rire. En tout cas essayer, dans cette période morose. 

Quoique… Autant pourfendre par principe tout approche du changement ne serait guère, dans la réflexion, ni constructif, ni intelligent, autant l’absence d’analyse voire la béatitude devant la pertinence a priori du dernier anglicisme qui passe avec valeur de vérité ne l’est, dans les faits, pas davantage.

 

  Yves Pinaud - Avril 2021